Leadership : l’épreuve de la lucidité
On parle souvent de la résistance au changement des équipes. Beaucoup plus rarement de ce que le changement produit chez les leaders eux-mêmes.
Pourtant, c’est une question centrale.
Le changement vient toucher des besoins profonds : besoin de maîtrise, de reconnaissance, de cohérence, de sécurité, de légitimité. Et les leaders n’y échappent pas. Eux aussi peuvent être bousculés par la perte de repères. Eux aussi peuvent douter, se crisper, se suradapter, se fatiguer, se protéger.
La différence, c’est que leurs réactions ont un impact démultiplié.
Parce qu’un leader, surtout en période de transformation, donne le ton. Pas seulement par ses décisions. Par sa manière d’être. Par son niveau de présence. Par sa capacité ou non à contenir l’incertitude sans la nier.
C’est ce qui rend la connaissance de soi si importante aujourd’hui.
L’article récent du MIT Sloan Management Review sur le sujet souligne que les leaders plus attentifs, plus focalisés et plus conscients de leurs réactions émotionnelles sont mieux équipés pour accompagner le changement.
Et je trouve cela très juste.
Car dans les moments de bascule, la vraie question n’est pas uniquement : Que dois-je faire ? Mais aussi : Que suis-je en train de faire vivre aux autres sans toujours m’en rendre compte ?
Est-ce que je ferme la discussion quand je suis sous pression ? Est-ce que je compense mon inconfort par trop de contrôle ? Est-ce que je surinvestis la vitesse au détriment de l’écoute ? Est-ce que je confonds clarté et rigidité ? Est-ce que je me réfugie dans le rationnel pour éviter d’accueillir ce qui se joue humainement ?
Ce travail de lucidité est difficile à faire seul. De nombreuses approches, outils et méthodes existent pour tendre le miroir et permettre les prises de conscience. Non pas : “voilà qui je suis”. Mais plutôt : “voilà ce que je tends à faire dans certaines conditions.” “voilà comment cela peut être perçu.” “voilà ce que je peux travailler pour être plus juste et plus aidant.”
C’est une différence essentielle.
Parce que le leadership dans le changement ne se réduit pas à une posture héroïque. Il demande une capacité plus sobre, plus mature, plus exigeante : rester en contact avec soi sans se laisser gouverner par ses réflexes.
À mon sens, c’est l’un des grands chantiers du leadership aujourd’hui.
Nous avons besoin de leaders capables de piloter, bien sûr. Mais aussi de leaders capables de se voir agir.
Car on accompagne mieux les autres quand on comprend mieux ce qui se joue en soi.



